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Le blog de TITIUDON

GAVROCHE Richard Werly 

Lu sur le Gavroche  http://www.gavroche-thailande.com

Edito très intéressant dans la lignée du coup de gueule contre Benoit Hamon du parti socialiste.

 La polémique franco-française sur le passé "thaïlandais" de Frédéric Mitterrand en dit long sur le poids des raccourcis. Et la démagogie de ceux qui les exploitent, ministre inclus. La nomination de Frédéric Mitterrand à la tête du ministère français de la Culture est - et demeure - à mes yeux une erreur. Je l'ai fait savoir à mes amis, à Bruxelles, Paris ou Bangkok depuis l'annonce de son entrée au gouvernement, soit bien avant la dernière polémique engendrée par sa prise de position en faveur du cinéaste Roman Polanski interpellé en Suisse.

 Et mon point de vue n'a rien d'une réprobation personnelle ou, qui plus est, intellectuelle. Je fus au début des années 80, alors étudiant à Sciences-Po, ébahi par la poésie de son film « Lettres d'amour en Somalie », projeté au Cinéma Bonaparte. Je fus ensuite un téléspectateur intéressé par ses émissions. J'ai même trouvé judicieuse sa nomination à la tête de la Villa Médicis, malgré l'évidente manoeuvre politicienne opérée par Nicolas Sarkozy.
 
Frédéric Mitterrand, en étalant dans son récit autobiographique « Une mauvaise vie » son parcours de touriste sexuel en Thaïlande, a revendiqué son passé publiquement. Ce qui reflète une forme d'honnêteté. Mais comment imaginer, dès lors, que le futur ministre soit reçu, demain, officiellement à Bangkok ?
 Que pourraient dire les officiels thaïlandais pour le remercier ? Ce genre de considérations, à l'heure où les Européens sermonnent si souvent les Asiatiques en public sur les droits de l'homme ou autres sujets, aurait dû être pris en compte par l'Elysée. L'écriture est un geste public qui exige une liberté complète et ne peut pas s'accommoder, en démocratie, d'insupportables diktats moraux. La politique, qui est l'art de représenter le peuple et de choisir en son nom, exige d'autres qualités, que l'on peut certes discuter, mais qui doivent être respectées. Surtout quand l'intéressé a focalisé, dans ses écrits, sur un pays en particulier et sur ses pratiques dans ce dit pays.
On me rétorquera, bien sûr, que d'autres personnages hauts en couleurs - voire « déviants » selon les critères de l'époque - ont brillamment exercé des hautes fonctions publiques. On pense, évidemment, au « voleur d'antiquités » et à l'opiomane André Malraux. Mais l'époque, reconnaissons-le, a changé. Les pays de l'ex-Indochine ne sont plus des colonies françaises. Les « coolies » ne sont plus nos obligés. Plein de choses et de comportements acceptables il y a encore trente ans ne le sont plus. On peut là encore en débattre. Mais c'est un fait.

 On me rétorquera aussi que le talent doit primer sur la morale. Ou que tirer sur l'ambulance Frédéric Mitterrand revient à faire le jeu des puritains anglo-saxons. Je réponds non. Le puritanisme n'a rien à voir avec le respect. Je connais de nombreux Thaïlandais francophones que le livre du cinéaste-écrivain a interpellé. Ceux-là savent que la prostitution dans leur pays est d'abord le fruit de leur propre système. Ils reconnaissent sans fards les dérives, acceptent les limites et les faiblesses de leur système, ferment les yeux, etc. Loin d'eux l'idée de vilipender les « farangs ». Mais une nomination ministérielle est autre chose. Il s'agit de représenter la France. Cela méritait, encore une fois, au moins un examen.

J'en viens maintenant à la question cruciale de l'image et au poids des clichés. Terrible piège, là, pour la Thaïlande, si prompte à vanter partout son sourire ! Et terrible piège aussi, pour certains hommes politiques européens pressés de faire l'amalgame. Je connais le porte-parole du Parti socialiste Benoît Hamon, que j'ai interviewé à plusieurs reprises lorsqu'il était député européen... L'homme est intelligent. Pugnace.

Pourquoi, alors, avoir accusé à la radio les touristes mâles en partance pour le Royaume d'être tous des quasi-pédophiles ? On voit l'engrenage. La nomination ministérielle de M. Mitterrand a ouvert les vannes. Les règlements de compte politiciens virent sur le terrain des moeurs. C'était le risque. Avec, au milieu, une large communauté d'amis de la Thaïlande, résidents ou non, au moins perplexes. Sinon dégoûtés par une telle accusation.
L'image est une bombe à retardement. Un dangereux miroir aux alouettes. Tout comme la notoriété. Ou les calculs politiciens d'un président de la République surtout pressé de débaucher des personnalités à fort capital médiatique pour mieux occuper l'écran, et donc éberluer l'opinion publique. L'image est une drogue. La Thaïlande, qui y consacre chaque année des milliards de bahts à travers campagnes de marketing et publications touristiques, ferait bien de méditer la leçon de ce mini-scandale franco-français, en rappelant à Paris - et au ministère de la Culture pourquoi pas ? - que les rues de Bangkok, leur faune et cette vie exubérante qui lui est propre, ne peuvent en aucun cas résumer le destin d'un pays.

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