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Le blog de TITIUDON

Ce dimanche j'ai invité sur le blog, mon ami Alain du blog ''petite et grandes histoires de la Thaïlande'' qui a  fait l' étude critique d'un livre  de Emmanuel Pervé dit "Manu" et de Christopher Robinson,  qui tente d'expliquer "de manière simple et concrète le fonctionnement de la   prostitution thaïlandaise".
 J'ai eu la joie de  connaître  Manu et son frère Ludo lors de vacances à Chiang Mai dans sa guesthouse qu'ils animent de façon sympathique, et surtout dans le désir de faire partager les richesses de cette Région qu'ils aiment.

 

Amicalement vôtre.

 

 

 

Blog de mon ami Alain M. D'Udon Thani

http://www.alainbernardenthailande.com/

 

Article sur l'hotel de Manu et Ludo à Chiang Mai que j'ai rédigé fin 2009.

http://www.titiudon.com/article-bungalow-guesthouse-chiang-mai-37845988.html

 

 

 

 

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 PHOTO ARTICLE ALAIN

 

Un petit livre bien informé sur la prostitution en Thaïlande

Je venais de terminer mon article tiré de l’étude de Bernard Formoso, Corps étranger : tourisme et prostitution en Thaïlande (publié dans notre blog le 20 mai 2011), quand Patrick (le blogueur d’Udon Thani) me proposa la lecture du livre d’ Emmanuel Pervé et de Christopher Robinson,  Amours au pays du sourire. La prostitution en Thaïlande, que je ne connaissais pas.

Il m’apparut alors  intéressant de confronter ces deux études et de mesurer le bien-fondé  du 4 ème de couverture : ils réussissent le tour de force d’expliquer d’une manière simple et concrète le fonctionnement de la prostitution thaïlandaise.

En effet, nous avons là dans un petit livre de 130 pages (dont 50 pages d’ interviews), une enquête sérieuse et documentée  sur la prostitution en Thaïlande.

1/ Le mot des auteurs (2 pages) est toujours censé annoncer un pacte de lecture, qui ici , fait fort,  en déclarant  d’entrée donc : « Contre toute attente, les prostitué(e)s exerçant leur art avec les touristes étrangers ne représentent que 10 % du marché du sexe thaïlandais » avec une justification culturelle qu’il  nous faudra discuter : « Cette prostitution coutumière tire sa vigueur dans les rites sociaux et familiaux qui prennent eux-mêmes racines dans la longue Histoire d’anciens royaumes siamois, tels que ceux de Sukhothai ou d’ Ayuthaya » .

Il suit une remarque dont la justification n’a pas sa place dans une enquête qui a l’ambition de nous « exposer » «  tous les différents aspects que revêt la prostitution thaïlandaise » :   « Vous remarquerez que nous n’ avons pas voulu évoquer le problème de la pédophilie, phénomène qui à nos yeux, a plus sa place dans un ouvrage sur les maladies mentales que dans un livre sur la prostitution », surtout quand les auteurs ont la justesse d’ analyser la prostitution masculine, souvent oubliée dans les études sur le sujet.

Quand on termine «  Le mot des auteurs » en évoquant Socrate, on peut se souvenir que les Grecs ne considéraient nullement la pédophilie comme une maladie mentale (même si, bien entendu, celle-ci n’a rien à voir avec la forme actuelle) . On peut également se  souvenir qu’aujourd’hui encore dans de nombreux pays l’homosexualité est encore vue comme une maladie mentale, pire, est punie de mort.

2/ Venons-en au texte. Il ne s’agit pas ici de résumer le livre, mais de noter ce qui nous a paru intéressant et discutable (« dans le sens de » qui mérite d’être discuté).

2.1 Brève histoire de la prostitution en Thaïlande ?

Elle reprend les principales étapes que nous avions nous-mêmes découvertes (on a beaucoup de références communes) : les premiers témoignages au temps d’Ayuthaya-l’origine étrangère des prostituées esclaves-la citation de Claude de Forbin, de l’ambassade de Louis XIV (Cf. Nos relations franco-thaïes) – l’impôt gouvernemental  de Rama 1er-le développement de la prostitution  avec l’immigration massive des coolies étrangers dès le milieu du XIXème siècle-Rama V ,1905 et l’abolition de l’esclavage- et les grands chantiers avec des millions de coolies chinois (la plupart célibataires)-la 2 ème guerre mondiale et les 300 000 soldats japonais-les soldats américains pendant la guerre du Viet- Nam et les bases US en Thaïlande (Cf. notre article à paraître le 23 juin : les bases US en Isan ) .

2.2 L’industrie du sexe de nos jours en Thaïlande ? 

Il est dommage que les auteurs n’aient pas pu bénéficier de  l’ étude de Jean Baffie, Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande (IRASEC n° 6,  2008), parue après leur enquête, qui nous donne les éléments de ce concept essentiel –l’industrie du sexe-  pour comprendre les nouvelles donnes de la prostitution en Thaïlande.  

 

Mais ils nous livrent les paramètres essentiels, même si, pour eux comme pour nous, ils ne cachent pas la difficulté de quantifier parfois les activités d’une activité bien souvent clandestine et discrète.

Ainsi en va-t-il du chiffre du nombre des prostituées : de 150 000 à 2,8 millions selon les sources. Leur estimation serait plutôt de 150 000 à 200 000 prostituées, officiant dans 60 000 établissements, dans 19 types d’ « d’accueil » (karaoké, bordel, massage, bar, gogo, … etc), et présents dans presque toute la totalité des villes du pays, et dont les clients seraient constitués de 90 % de Thaïlandais. 

Ce pourcentage parait étonnant, mais les auteurs affirment que ce chiffre est attesté par de nombreuses études. Nous pensons  plutôt à 90 % d’asiatiques (incluant ainsi les hommes d’affaires et touristes d’Asie). Quoi qu’il en soit ce chiffre est important et infirme les jugements de valeur des reportages TV  et articles qui voudraient faire croire au vice spécifique des occidentaux.

D’autres chiffres mériteraient des vérifications (mais aucune étude connue ne les donne). Il est dit par exemple que 10 % du marché est « géré » par les filières maffieuses, et que 70 % des filles proviendraient des du Nord (peut-être aurait-il fallu rajouter et du Nord-Est ?).

 Il est repris à leur propos, avec l’argument d’autorité des chercheurs thaïlandais que celles-ci seraient libres ! Les auteurs le réaffirment dans le chapitre « Pourquoi se prostituer » :« En Thaïlande, rares sont les personnes qui se prostituent contre leur gré ». Auraient-ils déjà oublié leur chiffre de 20 % pour la prostitution forcée, la vente des filles vendues en remboursement de prêt d’argent (qu’ils signalent d’ailleurs) De plus, en évoquant plus loin les raisons pour se prostituer, 4 raisons sont données : besoin d’argent pour vivre, pour consommer, les enfants, pour les parents. La liberté est pour le moins « relative » quand pour l’énorme  majorité (les auteurs le signalent aussi), elles fuient un mari violent, alcoolique, et jouant souvent les rares ressources du foyer,  quand ce n’est pas un abandon du domicile conjugal en laissant le ou les enfants.

Quelle est la liberté quand il n’y a pas de travail au village, qu’il faut aller à la ville, déracinée, trouver un emploi, aider les grands parents pour l’enfant laissé à leur charge, payer les dettes de la famille, ne pas pouvoir le faire, même quand on trouve un travail payé généralement  autour de 100 euros… Ont-elles vraiment le choix, quant à l’exemple de la « réussite » de quelques cousines ou amies, l’industrie du sexe peut leur offrir 5, 10, 20 fois plus et le rêve de trouver un Farang, dans une société « tolérante »  pour cette possibilité.

 

Le grand mérite de cette étude se situe selon nous dans les choix des sujets traités au chapitre 3 (La prostitution destinée aux Thaïlandais ?) et au 5 (La prostitution masculine), que l’on doit certainement à leur connaissance du Pays et au tact et au respect qu’ils témoignent aux prostitué(e)s (Cf. les interviews par exemple) 

 

Ils citent le Ministère de la santé pour affirmer que 75% des Thaïs vont avec des prostitué(e)s, et  considèrent comme normal (80% des hommes et 74% des femmes) pour sortir entre eux et se retrouver au bordel ou dans les différents établissements de « plaisir », même si cela doit se faire en toute discrétion. De plus, 25 % des hommes mariés auraient une Mia Noï (ils citent le Bangkok Post ). (Une mia  noï est une maitresse, « une petite épouse » « qui n’habite pas le foyer conjugal, mais dont l’ homme satisfait les besoins matériels. Avoir une Mia Noï, précisent les auteurs, est en effet un moyen d’afficher une certaine aisance financière et est considéré comme valorisant dans la société thaïlandaise ».

Evidemment cette vision de la société thaïlandaise ne peut plus attribuer le formidable développement de l’industrie du sexe au seul boom touristique. Elle devrait inviter les multiples intervenants sur ce sujet à recadrer leur jugement  dans une optique plus globale, et ne plus se limiter aux seuls pratiques des occidentaux.

 

Les auteurs proposent aussi quelques pistes explicatives :

La religion bouddhiste (94% de la population) qui favoriserait cette acceptation et ces rapports aux femmes. L’abolition de l’esclavage (1905) qui aurait jeté sur le marché « prostitutionnel » des milliers de femmes esclaves, le passé  polygamique pratiquée surtout par les nobles, voire les « rites sociaux et familiaux qui prennent eux-mêmes racines dans la longue histoire d’anciens royaumes siamois, tels que ceux de Sukhothai ou d’ Ayuthaya ». Mais s’ils n’oublient pas d’évoquer « le développement économique rapide de ces quarante dernières années », ils ne l’analysent pas.

De même, l’évocation du passé peut expliquer en quoi la prostitution a toujours été présente, mais ne peut en rien expliquer l’industrie du sexe. De plus, il n’est fait nulle distinction entre les Siamois et les autres peuples, comme par exemple les Isan (lao et kmer) qui n’ont jamais appréhendé le « sexe » de la même manière. On ne le dira jamais assez, les Siamois ne composent que 43 % de la population de la  Thaïlande. 

2.3 Le chapitre suivant « La prostitution pour les étrangers » traite bien le sujet sur les « endroits et les filles », les différents « contrats » des filles, les différentes offres  selon le type d’établissements, les « usages » et ce qu’elles peuvent gagner, les différents types de clients.

 Mais,  la principale critique que l’on peut faire à leur étude est qu’elle ne traite pas du circuit pourtant spécifique des touristes asiatiques dont ils rappellent pourtant l’importance (« légèrement supérieure à 60 % »). Certes celle-ci n’est pas aisée à réaliser, tant les offres sont « discrètes », exclusives aux asiatiques (ils le signalent d’ ailleurs). On peut peut-être suggérer notre « etnocentrisme » trop souvent à l’œuvre dans notre rapport au monde, et qui nous empêche de « voir » et/ou de considérer ce vaste marché.

2.4 Par contre on peut saluer le chapitre 5 qui traite de « la prostitution masculine ». Ils notent à juste titre que « Très peu de recherches ont été faites sur le caractère, l’importance et l’Histoire de la prostitution masculine en Thaïlande », à cause du tabou et de l’homophobie ambiante (surtout des Chinois, précisent-ils). Mais chacun sait que la reconnaissance de l’homosexualité a toujours été et demeure un combat dangereux et inlassable. Encore nous faudrait- il la distinguer de la prostitution masculine.

Bref, les auteurs décrivent bien cette réalité, avec le nombre des prostitués (10 000 en 2000, 30 000 en 2002, combien aujourd’hui ?), les pratiques, les lieux (massage/sauna, maison de passes , et les sex party( pratiquées par les classes aisées), les origines (dans le Nord,  80% seraient des réfugiés Shan, Kachin ou Karen), la prostitution « occasionnelle », et une étude sérieuse sur les « katoys » (lady boy) (transsexuelle).

Il est vrai que si les katoys existent dans de nombreux pays, ils/elles n’ont pas cette place et cette importance particulière qu’ils peuvent avoir en Thaïlande (au Brésil, peut-être ?). Ils sont déjà visibles (les auteurs donnent le chiffre de 2 % de la population !), dans les médias, dans les rues, dans les lieux « touristiques »    et dans les villages (au moins ceux de l’Isan que nous connaissons. Les auteurs précisent aussi la tolérance des gens  du Nord et l’intolérance des Thaïs Siamois et des Chinois. Il est difficile, (contrairement à l’Europe), de ne pas avoir une  amie ou une « connaissance » katoy, ou de ne pas en croiser chaque jour, ou d’en discuter (on peut voir aussi des reportages TV sur celles qui ont réussi) ou tout simplement -il faut l’avouer- d’être « fasciné » par la « beauté » ultra féminine qui passe (et dont invariablement on essaye de deviner si « c’est un katoy ? »).

Bref chacun a un rapport particulier avec les katoys  et pour les Thaïlandais, nous disent les auteurs, il dépend de l’ « origine ethnique », de  la région, de la position sociale. De plus,  les Thaïlandais ont  des concepts de la masculinité et de la féminité, très différents, précisent-ils, des occidentaux.  Les katoys sont perçus comme un 3 ème sexe et l’homme est celui qui « joue le rôle d’actif dans la pénétration  » . Bon, nous n’allons pas reprendre tous les éléments développés justement  par nos auteurs,  qui nous aident à mieux connaître les katoys et aussi à nous méfier de nos concepts occidentaux, trop souvent entachés par notre vision judéo-chrétienne.

Vous aurez compris que nous avons apprécié cette étude qui justifie le mot de leur éditeur : ils réussissent le tour de force d’expliquer d’une manière simple et concrète le fonctionnement de la prostitution thaïlandaise.

De plus, leur étude se termine sur 50 pages d’interviews de femmes et d’hommes et de katoys, qui sonnent justes.

 

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Emmanuel Pervé et de Christofer Robinson,  Amours au pays du sourire. La prostitution en Thaïlande, Avec la participation de Ludovic Pervé et Adrien Fontanellaz

Alligator service Co.LTD. 105/2 Bumrungat Roa. 50 00 Chiang Mai (Thailand). Tél : 053 302 206.

ISBN : 978 974 7105 47 6

 

Published by TITIUDON - - LIVRE SUR LA THAILANDE

commentaires

michael 04/03/2013 13:47


Bonjour,je souhaite tout d'abord te feliciter pour ce merveilleux blog tres complet.


Je suis vraiment interressé par le livre que tu présentes mais je n'arrive à trouver un lien pour le telecharger dans mon ebook.


Pourrais tu m'orienter?


merci


 

TITIUDON 05/03/2013 01:55


Bonjour, Merci de me lire et d'apprécier.... Je ne peut répondre à votre question je suis désolé.... a+


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